Waterloo To Anywhere
Après leurs frasques et leurs démêlés, la séparation entre Pete Doherty et Carl Barât était inévitable. Le premier, avec Babyshambles, a emporté avec lui le côté mélodique et un peu mélancolique des Libertines tandis que Barât, qui semble s'être amendé, a privilégié l'énergie et les guitares " sales ". Mais la comparaison de leur style musical est anecdotique : leurs groupes respectifs sont très différents et ne couvrent pas le même scope. Qu'on le veuille ou non, les Libertines, c'est le passé.
A l'origine, Dirty Pretty Things (2002) est le titre d'un film de Stephen Frears. Il nous parle de la précarité et de l'immigration clandestine. Dirty Pretty Things, le groupe, comprend Carl Barât, chant, guitare, Anthony Rossomando (Damn Personals), guitare, chœurs, Didz Hammond (Cooper Temple Clause), basse, chœurs, et Gary Powell (The Libertines), batterie. Anthony Rossomando a remplacé Pete Doherty lors de la dernière tournée européenne des Libertines avant dissolution. La production de cet album, excellente, a été confiée à Dave Sardy et Tony Doogan.
La musique à la fois très classe et très énergique des Dirty Pretty Things est marquée par l'influence de Ray Davies. Leur façon de brosser sans concession le portrait de la société urbaine anglaise rappelle le leader des Kinks. On y trouve aussi un zeste de l'attitude punk de Paul Weller à ses débuts, quand il était le leader de The Jam, lui aussi très critique envers l'establisment, et un fifrelin du style mordant du Clash, qui cherchait des solutions à la situation politique en Angleterre, avant sa récupération par une " major ", contrairement aux Sex Pistols, un groupe très surfait, volontairement provocant et créé de toute pièce par le manager Malcolm McLaren, qui voulait se faire un maximum de fric en un minimum de temps. Ces derniers se contentaient d'identifier les problèmes sans proposer de solutions.
Comme on a pu le voir récemment lors de l'émission " Later...with Jools Holland " à la BBC2, où ils ont interprété " Bang Bang You're Dead ", " Deadwood " et " The Gentry Cove ", trois des titres les plus percutants de l'album, tout ce petit monde met le feu là où il passe.
Sur " Doctors And Dealers ", Carl Barât règle ses comptes avec l'inénarrable Pete Doherty. De plus, il brosse un tableau très critique et peu flatteur d'une jeunesse sans idéal (sur " Gin & Milk ", on relève notamment : " Give me something to die for ") et de son exploitation à son profit par des gens dépourvus de scrupules (sur " Blood Thirsty Bastards ", il dit aussi : " Blood thirsty bastards making plans for no one but their own "). A en juger par ce qui se passe en Angleterre et sur le plan international, cette situation n'est pas prête de changer. Il y a encore " The Enemy ", avec " Just try to live respectfully / The enemy as I know it is right inside my head ". Le choc des cultures, bien réel, occupe toutes les énergies (voir les paroles de " The Gentry Cove " sur le thème de la guerre) et la crétinisation des masses par les media est entamée depuis longtemps, et pas seulement en Angleterre.
Mais après cette petite digression, respirons un peu d'air frais et revenons à la musique. Avec ce premier album des Dirty Pretty Things, que l'on pourrait par certains côtés assimiler à un br ûlot politique si la fin était moins optimiste et s'il n'y avait un message d'espoir contenu dans deux ou trois chansons d'amour, on peut être rassuré : le rock britannique, contrairement à son premier ministre Tony Blair, se porte bien et a encore de beaux jours devant lui. A recommander.
4/5
Source:
Music In Belgium