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Waterloo To Anywhere

Carl Barât peut-il prendre son envol sans Pete Doherty? La réponse est trois fois oui, et ce classieux Waterloo to anywhere des Dirty Pretty Things, en forme de vaste "fuck off", en fournit l'infaillible preuve...
 
Promis, juré, on évitera ici de faire des parallèles (non avenus) entre Carl Barât et Pete Doherty, Carl Barât et les Libertines, Dirty Pretty Things et Babyshambles, etc. Parallèles qui, - est-il utile de préciser ? - alimentent bien assez les feuilles de chou en ce moment, du style "Pete, bla bla bla, Pete, bla bla bla, Doherty, bla bli burp !", alors que ce dont on est censé y deviser, c'est des Dirty Pretty Things et de rien d'autre ! On craint que les inconduites de Pete ne viennent gâcher la sortie de l'album des chiens toxiques de Carl, pourtant si passionnants.... Faisons donc acte de clémence envers Carl et parlons uniquement de son nouveau groupe - car il s'agit bien de ça, une histoire de potes -, Dirty Pretty Things.
 
Adoncques, Carl Barât est dignement entouré de son fidèle cogneur de fûts Gary Powell, d'un bassiste subtilisé à Cooper Temple Clause (Didz Hammond), ainsi que d'Anthony Rossomando, guitariste intermittent des Libertines l'année dernière, lorsque Pete décida de jouer le funambule au pays des drogues dures. Quelques sessions d'enregistrements plus tard, entre l'Ecosse et les USA, avec le producteur Dave Sardy (Dandy Warhols, Oasis) et voilà nos DPT prêts à tout faire péter au pays de la reine épinglée des Pistols. Cette dernière référence n'est pas du tout fortuite, ce disque étant un vaste Anarchy in the UK, braillard, indiscipliné, désespéré, cohérent, jamais ennuyeux.
 
Ca commence sur les chapeaux de roues avec Deadwood, boule de nerfs cockney, rudoyée par des guitares hurlantes et une voix aristocratique bien décidée à en découdre. Le refrain, lui, est inoubliable et colle comme un malabar. Les Jam (sur Deadwood), les New York Dolls (sur You fuckin' love it), les Beatles (sur Bang bang), les Specials (sur The gentry cove) sont tour à tour convoqués, si ce n'est carrément invoqués. Bang bang you're dead, le single, pille allègrement à McCartney, à moins que ce ne soit à Paul Weller, on ne sait plus trop.
 
On ne sait plus trop car Barât a le don de transformer en or tout ce qu'il touche, fort d'une patte déjà bien affirmée. Certes, on sent le bonhomme tituber, achopper, mais il se relève aussitôt, classe et indomptable, à l'instar du dernier titre Last of the small town playboys, incluant des couplets crémeux et fuzzy, plombés par une mélodie pleine de spleen, puis -magie de la progression modale ?- le refrain se transforme en joyeux capharnaüm : tout à trac, au revoir tristesse et bonjour fébrile insouciance ! Dans les 60's, seul Ray Davies était autorisé à faire ces tours de passe-passe plutôt habiles, façon Sunny afternoon.
 
Bref, on ne compte plus les trésors de cet album garage-pop, gorgé de soli bancals, de duels guitaristiques et de refrains bombastiques. Tout le fabuleux héritage du rock anglais est revisité, des mods aux punks, en passant par les figures tutélaires de la britpop (Pulp, Oasis, Blur). Clairement, Carl est un grand, un excellent songwriter et signe hymne sur hymne sans tiquer (The gentry cove et son rythme chaloupé ; Gin and milk, jouée bille en tête et avec un désespoir tout Buzzcocksiens ; You fuckin' love it, violente et élégante). C'est une certaine image de la musique électrifiée, romantique, mélancolique et farouchement anglaise qui nous est donnée à voir sur ce Waterloo to anywhere. En somme, une belle leçon d'intégrité d'un ancien Libertin au cœur décousu et lacéré de mille repentirs et de mille craintes. A un moment donné, Carl ânonne ceci "No one gives a fuck about the values I'd die for" (Gin and milk), et c'est juste très beau. En plus, des valeurs, il en a. La première d'entre elles ? L'honnêteté.
 
By Gabriel Pereira
Source:jowebzine.com